Biographie

 

En guise de biographie, ce portrait rédigé par Anne Pitteloud pour Le Courrier (Suisse) en novembre 2018 :

Regard lumineux, verbe clair, naturel désarmant: dans ce café de Morges où nous avons pris place devant un thé aux fleurs, Violaine Bérot évoque avec chaleur sa relation à l’écriture et son parcours hors des sentiers battus. C’est qu’elle a eu plusieurs vies. Née en 1967 au fond d’une vallée pyrénéenne, issue d’une famille de paysans, elle passe une licence en philo puis un diplôme d’ingénieur en informatique, spécialisée en «intelligence artificielle et langage naturel». «Ça liait mes passions pour la langue et les maths, mais je n’ai jamais travaillé sur mon sujet d’étude: pour cela, j’aurais dû aller aux Etats-Unis ou à Paris.» Or elle ne supporte pas la ville. Elle reste pourtant à Toulouse, travaille dans l’informatique, un métier qui n’a «aucun sens» pour elle. A 25 ans, elle écrit alors Jehanne, monologue intérieur passionné d’une Jeanne d’Arc pleine d’amour à la veille de sa mort. Elle l’envoie à une vingtaine d’éditeurs, il est accepté par Denoël.
Trois romans plus tard, elle quitte tout pour reprendre une ferme en moyenne montagne avec son nouveau compagnon. Puis monte plus haut encore pour élever des chèvres, un rêve d’enfant. «J’ai besoin de la montagne, d’être dehors avec les bêtes», dit-elle simplement. Elle vivra ainsi à la marge d’une société de plus en plus consumériste, dans une maisonnette isolée et sans eau courante, alimentée en électricité par des panneaux solaires, à laquelle on accède à pied ou à cheval après un dénivelé de 300 mètres. Une cabane illégale parmi d’autres. Une vie sobre et rustique, physiquement difficile, qui lui paraît «luxueuse». La solidarité est importante, tout le monde se connaît, on vit du troc. «J’aurais continué si mon corps n’avait pas lâché.» Car on lui a diagnostiqué la maladie de Lyme. Arrêter l’élevage, sa passion, est très dur, mais ce sera l’occasion de se remettre à écrire. Dans un geste radical, elle donne toutes ses bêtes pour «être libre». Et, après douze ans de silence, publie en 2013 Pas moins que lui, sur l’attente de Pénélope à Ithaque.
Installée aujourd’hui dans une cabane un peu plus accessible, elle vit de l’écriture depuis trois ans, essentiellement grâce à des résidences rémunérées. II faut du temps, et de la liberté, pour trouver la voix d’un livre et sa structure. Violaine Bérot ne s’en inquiète pas. Si nécessaire, entre deux résidences, elle fera à nouveau des petits boulots: ouvrière agricole, ménage en maison de retraite… «Cela a du sens pour moi. J’écris sur les corps et n’avais jamais vu de vieilles femmes nues auparavant. Tout me nourrit.» C’est ce qui s’appelle vivre en état de poésie.