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30 mars 2020

 

24 mars 2020

 

20 mars 2020

Difficile, de là où je vis, d’imaginer ce que vous devez vivre dans les villes.

Ici, le changement le plus frappant vient du chant des oiseaux qui, depuis quelques jours, n’est plus interrompu par les moteurs des avions. Ni l’armée ni les pilotes du dimanche ne viennent plus, malgré le grand soleil, survoler bruyamment notre territoire montagnard. Les avions de ligne ont eux aussi disparu, et l’on ne voit plus de ces longues stries monotones qui les jours de beau temps quadrillaient le ciel.

Ce n’est pourtant pas que ce soit calme. Non. Bien au contraire. Car le printemps explose, et c’est beaucoup trop tôt. Il n’a même pas gelé, ou si peu, pour rire. Un semblant d’hiver, un doux octobre interminable. Et voilà que nous avons, en quelques jours, subitement sauté d’octobre à avril, à croire qu’une puissance maline prend plaisir à se moquer de nos calendriers.

Car il y a ce satané virus bien sûr, mais qu’est-il sinon l’une des manifestations d’un grand tout de plus en plus bancal ?

Je viens de travailler à un roman qui raconte un peu de ce qui est en train de se produire. Les gens des villes – les plus aisés des gens des villes – se ruent vers la campagne pour échapper à un fléau. Ces migrants d’un nouveau genre et les ruraux doivent apprendre à cohabiter. Ce texte, je me suis acharnée sur lui pendant deux ans. Je l’ai finalement mis à la poubelle il y a quelques mois. J’y cherchais des solutions pour réinventer un monde tous ensemble. Je m’y suis épuisée.

Heureusement, il y a les bêtes de ma forêt. Quand me viennent des idées tristes ou quelque funeste colère, elles jouent à me faire de petits clins d’œil. Cette nuit, les sangliers ont retourné comme des furieux une partie du chemin qui monte jusque chez moi. Au petit matin, j’ai trouvé devant ma porte la jolie crotte d’un renard déposée là pendant mon sommeil. Peu après, une souris a passé son nez dans mon minuscule intérieur, se glissant entre les pierres du mur, et m’a regardée, étonnée, semblant désolée de s’être trompée quelque part dans son itinéraire.

Je vis ici à l’année. Je ne me suis pas ruée, sur un coup de panique, vers cette campagne. Je suis née dans une vallée proche, suis partie ensuite à la ville pour mes études et mon travail. Ai rapidement fait le choix de revenir vers la ruralité profonde. En toute conscience. C’était il y a 25 ans.

Chez moi, il n’y a pas d’eau courante, l’électricité vient d’un petit panneau solaire, ma maisonnette n’existe pas officiellement. Je vis de peu – mes seuls revenus d’auteur – et si j’en vis correctement c’est uniquement parce que je vis de cette façon marginale qui demande si peu pour vivre. J’aurais voulu, dans mon roman, raconter ce choix. Parler désobéissance et frugalité. Dire que cela peut conduire à la sérénité. Je n’y suis pas parvenue.

Je vais me remettre à ma table.

 

13 décembre 2019

 

3 octobre 2019