Biographie

 

Chez moi, face à la montagne

Je suis née en 1967 au fond d’une vallée pyrénéenne. Ensuite il y a eu les études, la ville, une belle situation – informatique, aéroports et voitures de location, parfaite jeune cadre dynamique…

A 30 ans, j’ai tout lâché pour retourner vivre au plein cœur des Pyrénées. Loin. Adossée aux arbres, avec la montagne en plein regard.

Par chez moi, on sait peu que j’écris, on l’oublie, ça n’importe pas. Écrire ne ressemble pas à un travail. Le seul métier que l’on me reconnaisse dans ma vallée, est celui d’éleveur. On ne fait pas appel à moi pour parler littérature mais lorsqu’une mise-bas est difficile, ou parce que mes mains savent traire et qu’il faut remplacer quelqu’un. Pour les gens de mon pays, que j’écrive n’est pas gênant, c’est seulement comme superflu.

J’écris pourtant. En-dehors du travail des bêtes, je crois même ne faire presque que cela. Quand je n’ai pas l’air d’écrire, j’écris encore. Je lis au soleil, et c’est pour écrire. Je marche des heures durant, et c’est encore écrire. Je ne dors pas la nuit mais c’est toujours écrire. Parfois je m’assieds à ma table, il ne me faut presque rien, un stylo, un papier – et puis, oui, une chose encore, cela surtout : me refermer très fort sur moi. Écrire c’est me retrouver seule, intensément.

Violaine Bérot – été 2016

 

Mais qu’est-ce que tu fais de tes journées ?

Quand je dis que mon métier c’est d’écrire, quand je précise que l’écriture d’un livre peut me prendre un ou deux ans voire plus, que pourtant mes livres sont très courts, on s’étonne : « mais qu’est-ce que tu fais de tes journées ? ».

Parfois, à ceux qui me disent aimer écrire et rêver d’une publication, je réponds « travaillez ! ». Souvent on me rétorque : « mais je travaille, j’en suis déjà à trois cent pages ! ».

Alors j’essaie d’expliquer.

Je ne sais pas compter l’écriture en nombre de pages. Je la compterais plutôt en passages et repassages sur la même page, dix fois, cent fois. Je sais qu’il existe des auteurs (et certains très bons) qui, dès le premier jet, tiennent leur texte définitif. Je ne suis pas de ceux-là. Chez moi, les pages remplies ne sont que les balbutiements du texte à venir. Écrire c’est surtout ce qui vient ensuite. Gommer, raturer, reformuler, jeter, relire, écouter, recommencer. C’est ronger l’os pour atteindre la moelle – et parfois s’y casser les dents.

Violaine Bérot – été 2017

 

 

 

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